Led by Professor Christine Ross, the Mediatopias research project is an interdisciplinary and inter-university group based at McGill University (Department of Art History and Communication Studies), in Montreal, Quebec, Canada. Between 2009 and 2013, Mediatopias’ program of research will be focusing on the study of the impact of media on the (modern/postmodern) notion and experience of space, under the generic theme of The Inhabitability of the Contemporary World. Our team brings together artists, art historians, specialists in the field of communication and media studies, as well as geographers.
En examinant le développement de la « réalité augmentée » en art contemporain à partir d’une perspective interdisciplinaire qui allie diverses expertises médiatiques (artistiques, communicationnelles, anthropologiques, historiques, sciences politiques, médicales et géographiques), MIXXART a réalisé la première recherche substantielle sur les explorations esthétiques de la technologie dite d’« augmentation » de la perception du temps et de l’espace. Concentré sur l’étude des arts médiatiques, le programme s’élabore à partir du constat d’un changement de paradigme perceptuel — le passage de la réalité virtuelle à la réalité augmentée — dans le champ des technologies virtuelles de l’image, du son et des communications.
Ce nouveau concept (qui prend son véritable envol dans les années 1990) est avant tout rattaché aux recherches scientifiques qui visent à remédier à la principale limite de la réalité virtuelle (RV) — sa coupure avec l’environnement physique immédiat de l’utilisateur — par une technologie qui permet de superposer les informations virtuelles à la scène perçue par l’utilisateur. Le développement de la réalité augmentée (RA) suggère que, dans sa production d’une vue composite de la réalité (une vue qui imbrique, comme s’il s’agissait d’une seule scène, la scène réelle perçue par l’utilisateur et une scène virtuelle générée par ordinateur), le système amplifie non seulement la performance de l’utilisateur dans le monde mais également sa perception du monde.
Nos enquêtes sur le terrain (combinant expérimentation des œuvres, analyse technologiques et entrevues d’artistes) ainsi qu’une confrontation avec les recherches théoriques sur les nouveaux médias a permis d’établir qu’en art contemporain, le continuum réalité/virtualité est exposé et exploré non pas comme une continuité (comme l’entend la recherche scientifique), mais comme une imperfection technique et phénoménologique. L’art transforme les limites technologiques en une véritable esthétique de la discontinuité (du délai, de l’accident, de l’interstice) pour créer, chez le spectateur, des perceptions inédites d’espace-temps. L’examen nous a permis également de démontrer que cette esthétique n’est pas le propre du numérique : des antécédents artistiques peuvent être retracés dans diverses pratiques médias analogiques des années 1960 et 70.
Des superpositions réalité/virtualité sont aussi présentes dans plusieurs pratiques artistiques non numériques récentes qui explorent la discontinuité mixte de façon analogue. Ces conclusions, publiées dans divers ouvrages collectifs et différentes revues spécialisées, indiquent que la RA n’est qu’un changement paradigmatique partiel. Notre programmation actuelle structure une nouvelle recherche sur la dimension spatiale des expérimentations médiatiques en art contemporain. Elle charpente la question suivante : comment les arts médiatiques transforment-ils la notion et l’expérience modernes du lieu, ainsi que son habitabilité ? Nous postulons que, contrairement aux études récentes sur la contraction de l’espace-temps, la déréalisation du réel et la multiplication des « non-lieux », le développement des technologies numérique — notamment, la réalité virtuelle, la réalité augmentée, l’Internet, les technologies mobiles et les technologies de visualisation scientifique — n’a pas entraîné le déclin du lieu, mais son hybridité.
Chercheure principale : Christine Ross (McGill); membres de l’équipe : Olivier Asselin (UdM), Darin Barney (McGill), Kim Sawchuk (Concordia), Jonathan Sterne (McGill) et David Tomas (UQAM).